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La route d’Espagne

Un mois en Espagne
 
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    Le chemin de Compostelle

     Partie Espagnole du 23 avril au 24 mai 2010

    Jeudi 22 avril 2010 - ST JEAN PIED DE PORT- 22H00

    Après un trajet en TGV, je prends le car SNCF de 18H10 qui me mène à St Jean Pied de Port.

    Dans ce bus, je fais connaissance de Jean-Pierre, 71 ans, de Nancy qui fait également le St Jacques. Nous sympathisons et décidons de faire ce chemin ensemble. Nous arrivons, sous la pluie à 19H30. Nous trouvons un gîte (chambre pour deux) et prenons un repas au restaurant chez Dédé. Du monde pour la douche : On verra demain matin. Coucher à 22H00

     

    Vendredi 23 avril - RONCEVAUX - 27 km L’épreuve

    Montée de 200 m à 1550m en 21 km puis descente sur 6 km pour passer à 900 m d’altitude.

    Levés à 06H30, nous trouvons la douche cadenassée. Petit déjeuner à 7H00. La gérante, 77 ans, a de la personnalité. Autoritaire, elle désigne la place de chacun. Café, pain, confiture et basta sur la route, il est 7H30. Achat d’un sandwich pour midi et rude montée dès le départ : La rue d’Espagne, très raide. Il fait froid, du brouillard accompagné d’un crachin. Jean-Pierre a un petit problème gastrique et me demande de continuer : Il me rejoindra. Après 8 km en deux heures, je l’attends 20 minutes à la table d’orientation. Nous marchons encore 3 km ensemble mais il semble épuisé et me demande de continuer seul : Il pense faire du stop et l’on se retrouvera au gîte de Roncevalle.

    Beaucoup de marcheurs canadiens et anglais. Nous sommes dans le brouillard et l’on ne voir rien à 10 mètres. Un peu avant le calvaire, à 11H50, de grosses crampes aux mollets et à la cuisse droite m’oblige à une pause pour un massage. J’en profite pour avaler mon sandwich et, ayant froid, je reprends la route 20 minutes plus tard. Il me reste 13 km (sur les 27) Ca grimpe toujours et au calvaire, on quitte le bitume pour un sentier, toujours dans le brouillard (photos) Après 2 km, je m’aperçois que les signes rouge et blanc du GR se trouvent 20 mètres en contrebas. Petite galère pour descendre et reprendre le bon chemin. Je verrai plus loin que beaucoup de marcheurs, avec le brouillard, s’égarent et auront des difficultés pour rattraper la bonne route. A deux reprises, les crampes m’obligent à une pause. J’avais pensé à la fatigue, à l’essoufflement, aux ampoules, aux pieds sensibles mais pas aux crampes ! Arrivé au col, la descente se révèle assez raide que n’apprécie pas mon gros orteil gauche opéré depuis moins de 3 mois ! Après 1 heure de descente, des panneaux m’indiquent l’arrivée à moins de 4 km (photo) Je prends par les bois et assez vite des crampes, coté gauche cette fois me font faire une pause. J’ai été surpris de trouver sur le trajet et à plusieurs reprises, des plaques de neige (photos) La descente devient boueuses, glissante, interminable. Enfin un panneau m’indique Roncevalle à 5 minutes. J’aperçois le toit de l’abbaye et finis par y arriver à 15h40. Je contourne le bâtiment et un guide m’indique la salle de réception des pèlerins pour faire valider mon Crédential et payer mon hébergement (6€) Grand dortoir (photos) Je me déchausse, choisis un lit, déballe mes affaires, me renseigne et prends une douche au sous-sol. Je sors réserver mon dîner pour le soir (A la Casa de Sabina 9€) en revenant, il est 18H00, je retrouve surpris Jean-Pierre épuisé mais fier d’avoir accompli, à pied, son étape. Derechef je retourne réserver un second repas et nous dînerons ensemble avec un couple d’anglais. Dans le dortoir, je changerai de literie pour m’éloigner d’un gros ronfleur. Mon gros orteil gauche et bien gonflé mais ne me fait pas mal. A surveiller...

     

    Samedi 24 avril – LARRASOANA - 27 km (54 km)

    Levé général à 6H00. Nuit médiocre due aux ronfleurs. Pas de déjeuner. Nous prenons la route à 7H00 pour 25 km de descente. Après 3 km nous déjeunons dans le 1er village à BURGUETE (photo) et reprenons le chemin 30 minutes plus tard. A 10H00, la brume s’est levée et nous avons un beau soleil et un ciel bleu. Sur le chemin, nous faisons connaissance avec des pèlerins canadiens, anglais et une brésilienne (Marilane) J’ai retiré la veste, le pull et le bas de mon pantalon pour être plus à l’aise. Les discutions se font en anglais, français et un peu d’espagnol. Le chemin descend et mon orteil gauche reste sensible.

    Avec les arrêts fréquents de Jean Pierre, notre fatigue de la veille et une route toute en petites montées et belles descentes, nous arrivons à ZUBIRI vers 16H00 et après hésitations décidons de terminer l’étape, comme prévue, mais les deux dernières heures seront exténuantes, en particulier le contournement d’un paysage dévasté d’une usine d’extraction de gravats. Nous arrivons vers 18H et partageons une chambrée avec deux allemands ronfleurs. Dehors un marteau piqueur nous souhaite la bienvenue.

     

    Dimanche 25 avril - CIZUR MENOR - 20 km (74 km) La canicule

    Parti du refuge à 7H15, nous traversons le village dans un sens pour déjeuner dans un petit café-épicerie puis faisons demi tour pour rebroussons chemin pour commencer vers 8h00 le sentier vers PAMPELUNE. Le GR tourne autour de la nationale, monte et descend. Il fait encore bon mais l’on pressent une journée chaude. Mon orteil est toujours gonflé et je suis déjà fatigué : Partagé une chambre de 4 avec 3 ronfleurs n’aide pas au repos du corps qui fatigué est sensible à l’effort. A VILLAVA, on se restaure et après une heure de repos, nous reprenons la marche. A BURLADA, Jean Pierre s’octroie une petite pause pour prendre de l’eau à une fontaine. Je continue seul et arrive à PAMPELUNE en fête (photos) Belle ville avec des murailles impressionnantes, ses maisons hautes en couleur et ses magnifiques parcs.

    Sur un banc, je l’attends une demi-heure sans le voir arriver. Tant pis, je le retrouverai à l’étape. En fait, il me rattrapera, sous la canicule, juste à l’entrée de CIZUR MENOR. Une auberge privée superbe nous hébergera pour 8€ chacun (photo). Après quelques recherches, nous trouverons un restaurant ouvert proposant un menu pèlerin (nous sommes dimanche) ou nous mangerons et discuterons avec un anglais de Manchester, John, 81 ans, qui marche depuis BAYONNE et que j’avais remarqué dans la montée de RONCEVALLE.

     

    Lundi 26 avril - PUENTA LA REINA - 22 km (96 km)

    Ce matin, levé à 7H00, sur le chemin à 7H30 avec, pour moi, une pomme pour déjeuner. Après quelques kilomètres je fais fait le plein d’eau à une fontaine, ma poche mal accrochée tombe sur des cailloux et fuit ! Je la porte à la main et à la première pause la vide dans une gourde que j’avais prise par précaution. J’en profite aussi pour mettre un pansement sur une première ampoule qui me faisait souffrir au talon gauche.

    A 10H30, j’arrive à la crête de la SIERRA DEL PARDON ou s’alignent des éoliennes et une sculpture étonnante (photo) Belle vue et vents violents. La descente est raide et mon orteil gauche en pâtit. Après quelques kilomètres seul, il est midi (JP m’a demandé de l’attendre à PUENTA) je me rends compte que j’au du marché à une belle cadence car je ne suis plus qu’a 4 km de l’étape. Je prends une pause de 45 minutes en déjeunant d’un sandwich, les pieds nus pour reposer l’orteil. J’espère arriver pour 14H00 et arrive effectivement à 13H58 ! Après les formalités d’usage (Crédential, paiement, choix du lit) une douche revigorante et un peu de repos, je vois arriver mon compagnon. Nous allons visiter la ville (photos) et en profitions pour acheter à une pharmacie des boules QUIES et des médicaments pour un rhume qui ne me lâchera pas de tout le chemin. Nous dînons d’un menu du pèlerin et nous nous couchons à 22H00.

     

    Mardi 27 avril – ESTELLA - 22 km (118 km)

    Pour la 4éme nuit, j’ai encore mal dormi ! En me levant je soigne mes pieds encore sensibles.

    Nous partons à 7H00, Jean-Pierre et moi prenons un petit déjeuner en ville (café+croissant+jus d’orange pressée : 3€) La journée encore une fois s’annonce très chaude. Nous passons le pont (photo) Assez vite le paysage change : Vignes, Oliviers, champs de céréales. Nous ne voyons plus la chaîne des Pyrénées ; collines et vallées se suivent. La marche est très variée, chemins de terre, de cailloux, de pierres, de rocailles, d’herbes, de ciment et de bitume. Ça monte parfois très raide, ca descend tout autant. A LORCA, nous mangeons un sandwich et une orange accompagné d’un coca-cola. Je me crois midi et je m’aperçois après coup qu’il n’est que 10H30 ! La perception du temps est parfois floue. Je fais des photos car le paysage changeant est magnifique. Le thermomètre monte à 30°. Depuis deux jours, il y a toujours un ou deux pèlerins devant ou derrière : Impossible de se perdre.

    A chaque pause, j’ôte chaussures et chaussettes pour soigner mes pieds et éviter une tendinite et surveiller mon gros orteil gauche. A chaque fontaine, nous remplissons nos gourdes d’eau fraîche. Depuis hier, j’ai mal à la gorge. Par cette chaleur, il faut se méfier des courants d’air frais. Au hasard des étapes, on reconnaît des visages de pèlerins côtoyés depuis St Jean PdP. C’est toujours un plaisir réciproque de se reconnaître : Nous avons subi les mêmes épreuves et on est toujours là. Nous arrivons au refuge vers 14H30. Après hésitations, Jean-Pierre et moi décidons de faire des achats et de manger au gîte. A 20H00, fatigués, nous nous couchons. De nos courses, j’ai acheté des médicaments pour le rhume et des boules QUIES.

     

    Mercredi 28 avril - LOS ARCOS - 22 km (140 km)

    Nuit médiocre, les boules QUIES n’ont pas eu d’effet. Des pèlerins se lèvent bien avant 5H00 et nous réveillent. Jean-Pierre me fait signe de se lever et en sortant m’avoue s’être trompé d’une heure sur l’horaire. Normalement le petit déjeuner, dans ce gîte n’est servi qu’après 6H30 mais il est prêt à 5H30 et nous déjeunons copieusement (photo) Partis à 6H00, il fait encore nuit, heureusement la ville est éclairée et nous marchons sur du bitume. Très vite on se retrouve sur des pistes de pierres et de poussière. Avec la fraicheur du matin, les deux premières heures sont vite passées et nous avons droit à un superbe levé de soleil. Pause de 20 minutes puis reprise de la marche ; les deux heures suivantes (8h00-10h00) sont un peu plus chaudes. Seconde pause dans une auberge paroissiale où pour un don, on peut avoir du café, du lait, des oranges. Je repas avec ne orange. La chaleur monte et la route blanche et pierreuse s’allonge. A 7 km de l’arrivée, 3ème pause de 30 minutes avec les pieds nus dans l’herbe. Nous arrivons à 11H50 à LOS ARCOS qu’il faut traverser sur toute sa longueur pour arriver au gîte. Auparavant, une bière prise sur la place du village permet une longue conversation avec un couple de canadiens. Je remarque qu’il y a peu de français sur le chemin mais beaucoup de suédois, d’anglais d’allemands de canadiens, de belges (flamands) d’italiens et bien sur d’espagnols.

    Retour à l’auberge municipal des pèlerins (photos) Après une lessive, Jean-Pierre ne retrouve plus son appareil photo. Je repars avec lui sur la terrasse du bar ou il pense l’avoir oublié. Rien et personne n’a rien vu.

     Il décide de retourner à l’auberge revérifier et je déjeune en ville de pâtes à la napolitaine, steak-frites sauce poivre et d’un grand flan au chocolat, le tout accompagné d’une bouteille de vin rouge frais du RIOJO dont je bois la moitié. C’est d’un pas mal assuré que je retourne à l’auberge.

    Le soir, une soirée sympathique où des jeunes canadiens accompagnés d’un jeune savoyard (des GETS) nous offrent des pâtes un peu trop relevés (photo) Jean-Pierre a retrouvé son appareil photo au fond de son sac.

     

    Jeudi 29 avril - LOGRONO - 28 km (168 km)

    Nous nous levons à 6H30, déjeunons d’une pomme et sommes sur la route à 7H00. 7 Km plus loin, nous prenons un grand café sous le regard de chevaux (photo). Paradoxalement, malgré une nuit un peu écourtée par des ronfleurs impénitents, je me sens en forme, allonge le pas et me retrouve à VIANA à 11h00 pour un repas frugal (pomme+orange+eau) 30 minutes plus tard, Jean-Pierre arrive. Pause prolongée pour moi et à 12H00 et c’est reparti pour le centre-ville (photo) Je laisse Jean-Pierre admirer des cartes postales qu’il compte acheter.

    Le trajet ce matin était un chemin de pierres passant sur des collines ce qui implique beaucoup de montées et de descentes. Les 12 km restant seront légèrement plus plat mais une route de macadam rouge sur 5 km sous un soleil ardent sera une vraie épreuve pour les pieds. A 15H00, sur le pont qui enjambe l’EBRE, l’office du tourisme me réconforte en m’indiquant que le gîte est à 5 minutes et me fournit le plan de la ville. Crédential tamponné, hébergement réglé (5€), je prépare mon lit, prends une douche, lave mes effets personnels et voit arriver à 16H00 Jean-Pierre un peu fourbu.

    Nous visitons la ville, assez grande et animée, nous faisons nos courses dans un Carrefour, repas dans la cuisine du gîte et discutions avec une jeune parisienne très motivée : Charlène.

    Coucher à 22h00

     

    Vendredi 30 avril - NAJERA - 28 km (196 km)

    J’ai bien dormi la première partie de la nuit. Le dormeur du lit supérieur me réveille en bougeant et se met à ronfler. Lorsque je tape sur le sommier, il s’arrête de ronfler quelques minutes puis reprend. Levé à 6H30, nous déjeunons rapidement puis prenons à 7H30 la route

    LOGRONO étant assez étendue, nous mettons un certain temps avant d’en sortir par de grands parcs qui débouchent sur un lac (la GRAJERA – photos) A NAVARETTE, nous prenons une pause bien méritée (photos) Nous arrivons assez fatigués dans le village de VENTOSA où une affiche de restaurant attire notre  attention. 150 à 200 mètres dans des ruelles pentues nous mènent devant ce restaurant aux tarifs prohibitifs ! Dépités, nous rejoignons la place du village. Nous rencontrons une dame parlant parfaitement le français qui nous indique l’unique bar, qui est sur notre trajet du Camino après l’affiche. On y déjeune et l’on se repose une heure. Il est 14H00 lorsque nous quittons le village pour NAJERA. Le parcours, sur du macadam longe l’autoroute sur une longue distance. Heureusement il passe de temps en temps au milieu des vignes où l’on retrouve des bouts de chemin en terre et de pierres. Les 4 derniers kilomètres se feront sur du bitume et le gîte se trouve à la sortie de la ville. Enfin nous arrivons vers 16H30. J’ai le numéro 75 et je ne suis pas le dernier loin s’en faut. Jean Pierre me rejoint 30 minutes plus tard. La douche est glacée mais on s’y fait et elle est prise plus rapidement. Je retrouve un couple de canadiens qui m’invitent à les rejoindre à leur hôtel, le SAN ANTON, pour diner, ils m’indiquent que le restaurant ouvre à 8H15. Après avoir patienté au bar près d’une heure, le restaurant n’est toujours pas ouvert à 8H45 et pas de trace du couple. Me serai-je trompé d’hôtel ? Je repars donc en ville et dîne seul d’un menu du pèlerin avant de retourner au gîte pour me coucher à 22h00. Bonne nuit si ce n’est la chaleur que me fait lever remplir ma gourde et boire.

     

    Samedi 1er mai - SANTO DOMINGO DE LA CALZADA - 22 km (218 km)

    Ce matin, mon voisin allemand partant à 6H30 perd ses belles lunettes de soleil de marque en bousculant mon lit. Je les récupère pour les rendre si je le revois.

    Partis à 7h00 sous un ciel maussade, sous de petites bruines qui n’incitent pas à traîner. L’appareil photo reste rangé ce matin. Léger vent de face. A 8H30 nous faisons une pause rapide de 30 minutes à AZOFRA. Je tombe sur mon voisin allemand et il est sidéré lorsque je lui tends ses lunettes : avec le temps médiocre, il ne s’était même pas rendu compte qu’il les avait perdues. Il me remercie vivement et signale le geste à ses deux compatriotes qui me font de grands sourires d’approbation. Finalement nous aurons parcouru les 22 km en 5 heures, pause comprise et arrivons vers midi au gîte.

     Je passe mon après midi au repos à soigner mes pieds, relire le dernier tome des rois maudits de Maurice DRUON. A 18H30, diner sympathique avec deux jeunes canadiens Julien et Jonathan et Jean-Pierre (photos) Discutions avec Jacques d’Angoulême qui s’arrêtera à BURGOS. Coucher à 22h30.

     

    Dimanche 2 mai – BELORADO - 23 km (241 km)

    Après une bonne nuit, levés de la plupart des pèlerins à 6H00. Je laisse partir le gros des troupes et me lève à 6h30. Petit déjeuner rapide et départ à 7H00. Ciel bas, gris, humide. Après 8 km nous prenons Jean-Pierre, Jacques (d’Angoulême) que j’ai dépanné la veille en lui prêtant mon téléphone mobile et moi-même un café dans un bar et achetons des sandwichs. Au second village, nous discutons avec Valérie, une québécoise de Montréal. Le chemin, terre, cailloux et pierres, suit presque de bout en bout la nationale 120. Heureusement, la circulation est réduite le dimanche mais le trajet doit être plus bruyant la semaine. Il pleut légèrement par intermittence et c’est sous la bruine et dans un brouillard léger que nous arrivons à 13h00 au gîte. C’est un ancien théâtre attenant à l’église et transformé en auberge pour pèlerin, ce qui lui donne un certain cachet (photo) A 15H00, un prête italien, qui marche avec nous en soutane, donne une messe dans la vielle église ; Il est si sympathique que tous y vont l’écouter. Il fait froid dans cette église et une bonne douche brulante me fera du bien. Vers 16H30, une dizaine de pèlerins transis et fatigués rempliront le gîte.

     

    Lundi 3 mai SAN JUAN D’ORTEGA 25 km (266 km)

    Nous sommes partis tardivement à 8H00 après ma meilleure nuit depuis le départ de St Jean PDP et un petit déjeuner frugal mais sympathique compris dans le prix (donativo 5€)

    Nous sommes à trois en avant : Jacques (d’Angoulême), Jean-Pierre et moi. Après plusieurs centaines de mètres, je signale à Jacques que son sac de couchage, mal fermé, traine derrière lui dans la boue. A la première montée, Mes compagnons m’invitent à marcher à mon rythme et très rapidement, en pleine forme, je les distance. Je décide que j’attendrai, mes camarades à VILLAFRANCA MONTE DE OCA sachant qu’il n’y a aura plus de village avant l’arrivée à SAN JUAN DE ORTEGA. A mon arrivée au bar à VILLAFRANCA, je suis surpris de voir des randonneurs espagnols boire du chocolat : Je croyais qu’il était 11H30 en réalité il n’est que 10H30 ; je m’aperçois, assez surpris que je n’’ai mis que 2h30 pour parcourir 12,5 km, soit une moyenne de 5 km/h avec mon sac de 14kg sur des pistes boueuses et glissantes sous un ciel plombé et des pluies intermittentes.

    A 11H00, Jean-Pierre et Jacques arrivent. A 11h30, une foule de marcheurs espagnol, descendant d’un autobus, envahit la salle. La Presse est telle que j’ai du mal à sortir avec mon sac. Il est 12h00, ne voyant plus mes compagnons, je présume qu’ils sont déjà partis. Sous la pluie et un vent froid, Je reprends le chemin escarpé et patauge dans la boue. Le chemin monte et serpente dans la forêt (photo) Je suis seul, pressant le pas pour rattraper mes amis quand j’aperçois et reconnaît dans une grande descente, suivie d’une remontée impressionnante (photos) deux jeunes pèlerins québécois taillant des bâtons avec des branches d’arbre. Ils n’ont pas vu mes deux compagnons (J’apprendrai ultérieurement qu’informés des difficultés de cette partie du chemin, ils avaient suivi la nationale sur plusieurs kilomètres) Je continue ma marche solitaire, aperçois l’église de San Juan et arrive à gîte à 14H00. J’aurai mis 5 heures (hors pause) pour parcourir 25 km ! L’endroit réputé sur le chemin est désert : Il ne comprend qu’une grande abbaye et deux ou trois maisons. (20 habitants) Pendant un instant, je suis tenté de continuer jusqu’au village suivant mais mes compagnons ne seraient pas informés. Les livres guides sont parfois trompeurs : il est indiqué le symbole d’un panier pour signifier au moins un commerce alors qu’il n’y a que des distributeurs automatiques de quelques denrées à des prix prohibitifs. Heureusement, l’unique café sert des diners aux pèlerins. Avec le temps humides et froid, les vêtements restent humides. Je me repose dans le duvet et à 17H00, je prends mon courage à deux mains pour une douche et un rasage (sans chauffage). Messe à 18H00, suivi d’une soupe à l’ail, traditionnellement offerte aux pèlerins. (Photos) Jean-Pierre et moi prenons un bon repas au bar pour 6,70€.

     

    Mardi 4 mai - BURGOS - 28 km (294 km) L’étape éprouvante.

    Ce matin, nous nous sommes réveillés sous la neige. La nuit s’est révélée bonne et réparatrice. Levés à 6H30, boisson chocolatée au distributeur, nous voilà sur le chemin enneigé. On se croirait en février (photos) C’est beau et froid. La bise glacée arrive de face et nous ralentit. Nous glissons sur le chemin large mais détrempé et boueux. Il doit faire 3 ou 4 degrés à ces 900 mètres d’altitude et les montées et descentes sont glissantes à souhait. Au village suivant à 4 km, nous regrettons de ne pas avoir, la veille, poussé jusque là : AGES, ce bourg est bien plus important et le gite semble plus confortable. Après 12 km, nous prenons à CARDENUELA-RIOPICO un petit déjeuner qui nous réchauffe et nous repose un peu. Par deux fois, une signalétique ambiguë nous fait perdre du temps. Le contournement de l’aéroport de BURGOS, sous la bourrasque, nous semble interminable. Nous croyons arrivés dans la ville et nous sommes à CATANARES, faubourg où commence la zone industrielle et commerciale ; 10 km de béton le long de la nationale avant d’arriver à BURGOS (photo) Il est 

    13h10 et le refuge est dans la vieille ville, presque à l’opposée de la cité. Jean-Pierre et moi, fatigués, décidons de déjeuner dans un petit restaurant où pour 10€, nous avons un excellent repas, boisson comprise. Une heure plus tard, les pieds reposés encore sensibles et le ventre plein, nous repartons ragaillardis pour deux heures de marche urbaine. Guidés sur la fin par deux jeunes canadiens (Julien et Jonathan), déjà rencontrés, nous trouvons un gite moderne, grand, spacieux mais déjà bien rempli. Nos lits sont au 6ème étage (avec ascenseur) En fin de matinée, nous nous rendons en ville pour acheter, pour Jean-Pierre, un sac de couchage (il a oublié le sien ce matin) et un polaire. Nous finissons la journée en touriste (photos) et prenons un menu du pèlerin dans un restaurant au pied de la cathédrale. Il est déjà 22H30 à l’extinction des feux.

     

    Mercredi 5 mai – HONTANAS - 30 km (326 km) Rencontre inattendue.

    A 7H00 tout le monde se lève à l’exception des habituels matinaux qui démarrent à 6h00 voire plus tôt. Au moment de partir, je ne retrouve pas ma casquette, peut être emportée par un pèlerin étourdi ou nécessiteux. Jean-Pierre et moi quittons le gite. En partant, nous prenons quelques photos de la cathédrale et prenons le petit déjeuner dans un luxueux bar à coté du refuge. Une seule serveuse et beaucoup de marcheurs. Le service est tellement long que sans indication du prix, nous nous résignons après sollicitation et une longue attente à partir sans payer ! Nous prévoyons 20 km sous un ciel gris sombre et un vent glacial. Les premiers km sont sur du bitume puis nous abordons des chemins caillouteux. Après 11 km de marche, il est 10H30 et nous faisons une petite pause pour boire un café et acheter sandwich et fruits pour midi. Nous arrivons à l’étape HORNILLOS DEL CAMINO à 13h30. Gros bourg avec déjà beaucoup de marcheurs. Le gite est complet mais l’hospitalière nous propose un gite de secours qui se révèle être … la salle des sports ! Non chauffée, douche chaude dans salle glacée et pas de radiateur (photos) Lit de camp et couvertures à volonté. Comment faire sécher nos affaires ? Après un début d’installation et quelques hésitations, nous décidons de repartir. Je demande le remboursement (2X5 €) et nous reprenons la route à 14H30 pour 11 km en espérant que le prochain refuge ne soit pas plein et surtout chauffé. Motivé, je pars en avant et parcoure la distance en moins de 2 heures. Entre temps le ciel s’est dégagé pour un beau soleil et si la température est encore fraiche, le moral est solide et j’arrive au gite de HONTANAS vers 16H20. Il y a de la place, je réserve pour deux, m’installe, prend une douche et c’est à la terrasse du bar voisin, en buvant une bière, que mon camarade arrive 45 minutes plus tard, fourbu mais heureux d’être là. HONTANAS est un village typique, maisons traditionnelles, caché dans un creux des hauts plateaux, qu’on aperçoit au dernier moment en arrivant. La région dit Jean-Pierre fait penser au LARZAC.

    Surprise et émotion : Jean-Pierre retrouve un couple d’amis de TOURS, Marie et Jacques, avec qui il avait marché pendant un mois l’année dernière du PUIT EN VELAY à ST JEAN PIED DE PORT. Nous dinerons à 4 pour 8 € chacun d’un menu copieux et bon (soupe de lentilles avec lard, fines tranches de veau avec salade mixte, glaces, vin et pain à volonté)

     

    Jeudi 6 mai - ITERO DE LA VEGA - 20 km (346 km) Nous sommes quatre.

    Après l’extinction des feux à 22H30 et une bonne nuit, nous nous levons à 6h00 et sommes sur le chemin à 7h00 sans avoir déjeuner. Je marche d’un bon pas en avant et ne résiste pas à l’envie de prendre quelques photos des ruines de l’abbaye de SAN ANTON qui comporte un gite pour pèlerins. Après 10 km, il est 8H30 (on a bien marché !) nous déjeunons à CASTROJERIZ. Température fraîche mais ciel dégagé et pas de vent. A la sortie de la ville, un magasin d’équipement de randonneur achalandé attire mon attention et j’y achète un chapeau, indispensable sur le chemin, pour remplacer ma casquette. 2 km plus loin, nous arrivons à la fameuse côte, MESETA de MOSTELARES suivie d’une descente à peine moins raide que je descends en courant à la grande surprise des autres pèlerins (photo) Le ciel commence à se couvrir, ce qui entraîne la baisse de la température. Nous accélérons la cadence et arrivons à midi à ITRO DE LA VEGA. Le gîte communal est sympathique. Outre nous quatre, une Bulgare et deux allemands partagent notre local. Un commerce est juste à coté et après quelques achats, nous avons de quoi manger ce midi et ce soir pour pas cher. De plus, il y a un accès INTERNET gratuit.

     

    Vendredi 7 mai - VILLALCAZAR DE SIRGA - 29km (375 km)

    Debout à 6H30, café, banane et sur le chemin à 7H10. Le temps est maussade et la température froide. Nous partons, Jean-Pierre et moi, après le couple d’amis, équipés pour la pluie (pull polaire, veste, poncho et housse sur le sac à dos) Le terrain et plat et la marche rapide. Trajet agréable le long d’un canal. Petite halte de 20 minutes à FROMISTA (photos) pour un chocolat chaud et un gâteau. Il reste 14 km et chacun reprend son rythme de marche. 12 km plus loin, j’ai distancé Jean-Pierre et rattrapé Marie et Jacques. Nous arrivons assez fatigués ai gîte communal à 13H10, soit 6 heures pour 29 km, pause comprise. Le gîte n’ouvre qu’à 14h00. A 15H00, Jean-Pierre arrive sans sac pour s’enquérir de notre présence : Il s’est trompé d’auberge. Je l’accompagne pour récupérer ses affaires et demander le remboursement (7€) en expliquant, en espagnol que nous sommes un groupe de 4 personnes et que nous avons réservé pour notre ami. A 16H00, notre gite est complet. Nous visitons l’église fortifiée des Templiers (photos) et mangeons très bien dans un petit restaurant pour 9 € tout compris. 

    Demain nous attaquons la troisième semaine de marche. Extinction des feux à 22H30

     

    Samedi 8 mai – LEDIGOS - 30 km (405 km)

    Levé à 6H30 après une nuit qui m’a paru courte. Après un solide petit déjeuner, nous prenons la route sous un ciel nuageux et une température encore fraîche, il est 7h10. A 8H30, nous buvons un café à BOADILLA DEL CAMINO et 8 km plus loin à CARRION DE LOS CONDES, nous abordons une très longue route droite de 17 km sans que rien n’arrête le regard. On se croirait dans les landes, les arbres en moins. Nous laissons Jacques et Marie prendre de l’avance A 12h30, Jean-Pierre et moi arrivons enfin à CALZADILLA DE LA CUEZA, et là, pas de trace du couple au gîte et Jean-Pierre me dit leur avoir confié son crédential ! Après une courte pause et quelques appels infructueux sur le portable, nous décidons de reprendre le chemin pour le gîte suivant à LEDIGOS 6,2 km plus loin. Nous y retrouvons avec plaisir nos amis qui rappellent à Jean-Pierre, con fus, que son crèdential lui avait été rendu. Après un bon repas où j’ai côtoyé à une table proche un Lillois et un Saint-Quentinois (malheureusement, la rencontre trop brève ne m’a pas laissé le temps de noter leurs coordonnées) Nous nous sommes couchés à 22H30 dans un dortoir non chauffé avec une température encore fraîche. Mais dans le duvet avec une couverture, ça va.

     

    Dimanche 9 mai - BERCIANOS DEL REAL CAMINO - 26 km (431km) L’étape rallongée.

    Levés à 6H30, on s’équipe dans le noir pour ne pas réveiller les autres et, après pliage de la couverture, on vérifie à la lampe de poche que rien n’a été oublié. Après un café soluble et deux biscuits en guise de petit déjeuner, on met le poncho et la protection du sac : Il pleut à verse. Le chemin, bien boueux, longe la N120 jusque deux kilomètres avant l’étape. Constatant la boue bien épaisse, Je décide d’emprunter la N120 déserte et Jean-Pierre me suivant me demande de marcher à mon rythme sans l’attendre. Jacques et Marie se sont levé une demi-heure plus tard.

    Je marche seul et la pluie et le vent m’incitent à une marche rapide, tant et si bien qu’après une pause de 10 minutes au Pont de la Vierge à SAHAGUN, j’arrive au gîte prévu à 10h15, pas trop fatigué malgrè16 km parcouru en 3 heures. Je suis tenté, vu le temps exécrable, de continuer le chemin mais mes trois compagnons ne sont pas informé et je préfère les attendre.

    SAHAGUN est une grande ville avec beaucoup de monuments à admirer. Mais sous la pluie … Une heure plus tard, mes compagnons arrivent. Après concertations, quelques achats et un frugal repas composé d’un sandwich et d’un fruit, nous repartons vers 12H15 pour BERCIANOS à 20,2 km plus loin. Toujours en bonne forme, je distance mes camarades pour réserver les places dans un gîte religieux. A marche forcée, je double pas mal de pèlerins et arrive au gîte avec un fort vent de face. Il est 14H00 et le gîte, très beau et très vieux, ne prend pas de réservation ! Mais l’hospitalier me rassure : Ils auront de la place. Le temps de déballer mes affaires sur un lit et de prendre une douche, je vois arriver mes trois compagnons 40 minutes plus tard. Eux aussi ont forcés pour arriver fourbus mais contents. Le soir je donne n coup de main à la cuisine pour le repas commun de 40 pèlerins. (Photo) L’ambiance est chaleureuse malgré le temps

     

    Lundi 10 mai - MANSILLAS DE LA MULAS - 27 km (458 km)

    Nuit reposante. L’intérieur du gîte vaut le détour (ancien petit couvent) Lever à 6H30, le petit déjeuner copieux est offert (DONATIVO). Départ à 7H00 avec une température froide et un ciel dégagé. Hélas au bout d’une heure, le temps se couvre et nous cheminons parallèlement le long d’une nationale sur des cailloux et des gravillons avec le vent et la pluie. Champs à perte de vue. Pas d’habitation sur cette étape à l’exception du village d’EL BURGO RAMERO. On s’ennuie vite sur un tel trajet sans âme. Le lecteur MP3 m’aide à garder le rythme. Une semaine avec le froid finit par user et je commence à avoir mal aux pieds et aux jambes. Je devrais me ménager en faisant des pauses mais le vent glacial m’en dissuade : seule la marche permet de lutter contre le froid. Sur la plaine immense, MANSILLA se voit de loin. A RELIEGO, des maisons troglodytes attirent mon attention (photos) Une petite ampoule au pied gauche me fait prendre une petite pause dans un bar original (photo) Après 45 minutes de pause qui a permis à mes compagnons de me rattraper et de se réchauffer, nous repartons plus lentement pour les 6 km restant. Il est 13h40 à notre arrivée au gîte. Vite une douche bien chaude et un bon repos au lit. Fatigué et frigorifié, je resterai deux heures assoupi dans mon duvet bien au chaud. Ver 19H00, un petit bar à proximité nous a restaurés copieusement pour une somme modique (8€) Couché à 21H00, j’ai mis du temps à m’endormir.

     

    Mardi 11 mai - LEON - 22 km (480 km)

    Levé à 7h00 et petit déjeuner commun copieux au réfectoire. Nous démarrons à 4 à 7H45. Le temps est frais mais le ciel est dégagé ; il y a même du soleil malgré une petite brume qui se dispersera peu après. Nous longeons la route sur un sentier agréable et la température devient plus clémente. Le moral est à l’optimisme malgré l’arrivée de nuages sombres à l’horizon. Nous croisons et discutons avec des pèlerins de Tours revenant de St Jacques ! Le chemin est vite avalé et nous arrivons, guidés par des agents de tourisme placés à l’entrée de la ville, au gîte de Sainte Marie de CABARJAL à midi (photo) Après une rapide collation dans la cuisine, nous visitons la ville (photo) Beaucoup de pèlerins dont pas mal de français. Nous croisons souvent des visages déjà rencontrés. En attendant l’ouverture de la cathédrale à 16H00. Nous nous promenons sur la PLAZA MAYOR et ses rues voisines adossées à d’anciens remparts. Après la visite de l’église St Jacques près de la porte romaine, nous entrons dans la cathédrale et nous ne sommes pas déçus de notre attente (photo) En sortant, le climat s’est refroidi et nous nous empressons de rentrer à l’abbaye. Vers 19H00, nous dinons dans un restaurant à proximité du gîte et nous nous couchons vers 22H00 dans des dortoirs séparés (un pour les couples, un pour les dames et un dernier pour les hommes)

    A 23H00, des retardataires sans gêne, n’hésitent à rallumer pour se coucher

     

    Mercredi 12 mai - VILAR DE MAZARIFE - 22 km (502 km)

    Cette nuit, j’ai eu une bonne suée qui m’a fait du bien. Ce matin à 6H00 et, quelques matinaux bruyants réveillent tout le monde. Je me lève une demi-heure plus tard, fait mon sac et prend le petit déjeuner offert par l’abbaye. Je glisse mon « donativo » dans la boite prévue pour cet effet et attaque la route pour rattraper mes camarades déjà partis depuis 20 minutes. Il est 07H15, je fais quelques photos en passant de beaux monuments et 45 minutes plus tard, je les rejoints à la sortie de LEON.

    La pluie commence à tomber et nous nous équipons en conséquence. Il pleuvra toute la journée avec une température oscillant entre5 et 8 degrés.

     Deux trajets s’offrent à nous : Par la nationale 120 assez morne et déconseillée par notre documentation et une seconde plus champêtre que nous prendrons. Très vite nous sommes ralentis par la boue et le paysage, sous la pluie, ne tient pas ses promesses. Marchant plus rapidement, je fais une pause à 11H30 dans un bar d’un village 5 km avant l’arrivée. Mes trois compagnons ne voient pas le bar et continuent sans s’arrêter. Au bout de 30 minutes, ne les voyant pas arriver, je comprends la situation et je reprends le chemin sous la pluie. A midi et demi, j’arrive à VILAR mais ignore le gîte choisi : Il y en a au moins trois. Celui du centre ne les ayant pas vus, je rebrousse chemin et le second gîte privé SAN ANTON est le bon. Chance : Le dortoir est chauffé et propose hébergement, repas du soir et petit déjeuner pour 19 € (5 + 10 + 4). Nous en profitons pour laver et sécher nos vêtements.

     

    Jeudi 13 mai - ASTORGA - 31 km (533 km)

    Après une bonne nuit faisant suite à un repas très correct, nous nous levons à 6H30 et prenons un petit déjeuner copieux. Jean-Pierre et moi démarrons à 7h30, une demi-heure après Jacques et Marie. Ciel clair, température encore fraiche. Le chemin d’abord goudronné passe vite en rocaille et terres boueuses. Nous mettrons près de deux heures pour rejoindre nos amis et une heure de plus pour arriver à HOSPITAL DE ORBIGO.

     Le paysage changé : De la plaine, nous passons sur des collines boisées avec des chemins serpentant et pentus, au loin des montagnes enneigées (photos). A midi, nous prenons une pause de 45 minutes à SANTIBANEZ DE VALDEGLESIAS Au menu : Baguette, morceaux de chocolat, orange et café d’un distributeur automatique. Nous reprenons le chemin et arrivons enfin à la Croix de TUERTO qui précède une descente assez raide. On voir la ville et l’on croit être arrivé mais il faudra encore deux bonnes heures et une rue très raide en montée sur les remparts pour poser notre sac au gîte SERVIAS DE MARIA. Il est 15h00. Après un peu de repos et une bonne douche, nous décidons de visiter la ville. Outre l’hôtel de ville sur la belle place rectangulaire, son clocher animé qui sonne les heures avec deux marionnettes, ses vestiges romaines et sa grande cathédrale massive, la visite du palais épiscopal de GAUDI vaut qu’on s’y attarde un peu. (Photos) Après quelques achats, nous mangeons ensemble dans la cuisine dans une ambiance assez sympathique. Il est 22h00 pour le coucher. 

     

    Vendredi 14 mai - RABANAL DEL CAMINO - 21 km (554 km)

    C’est devenu une habitude à une demi-heure près : Lever à 6H30 (sans le réveil) Petit déjeuner très correcte et démarrage à 7H20. En partant nous remarquons un alignement de voitures anciennes (photos) nous repassons devant la cathédrale pour trouver les signes jacquaires. Nous quittons la ville et trois heures plus tard, le ciel se couvre et le froid s’amplifie. Le paysage a changé. Nous traversons des champs entourés de murets en pierre, des bois de la lande et une végétation de moyennes montagnes. Nous sommes à 1200 m d’altitude et on se croirait dans l’Aubrac. Beaucoup de maisons en grosses pierres grises sont ruinées. Les villages sont magnifiques mais peu ou prou à l’abandon et déserts. Les pèlerins de passage sont une bouffée d’oxygène économique. Nous arrivons à l’auberge après 4 heures d’une marche rapide due au froid. Il est à peine 11H15 et l’hospitalier apporte du bois pour un poêle antique. Nous sommes les premiers dans ce gîte récent créé dans une vielle maison de style du pays (grosses pierres et bois) avec le dortoir au rez-de-chaussée et la cuisine à l’étage par un escalier extérieur. Tout est rustique mais propre. Nous choisissons nos lits prés du poêle que nous bourrons jusqu’à la gueule (photo) La cuisine n’et pas chauffée et nous déjeunons frugalement (pain, saucissons, banane, orange et un café) Malgré le froid et le manque de confort, l’ambiance est excellente. Pour le diner, Jean-Pierre préfère rester au gîte. Jacques, Marie et moi trouvons dans le village, entre deux averses, un bar-restaurant offrant, pour 9 €, un excellent menu du pèlerin, très apprécié par ce temps (soupe chaude, côtes de porc, frites, gâteau, pain et vin. Couché à 21H00, des jeunes, arrivés plus tard en vélo, jouent de la guitare, chahutent joyeusement dans la cuisine, au dessus et nous gênent pour dormir. Je suis trop fatigué pour me rhabiller et les rejoindre. Finalement le calme revient un peu après 22H00.

     

    Samedi 15 mai – MOLINASECA – 26 km (580 km)

    Il est 6h00 lorsque nous nous levons après, pour moi, une bonne nuit. Sur la route à 7H15, nous rencontrons un froid assez vif, du brouillard et paradoxalement un vent glacial de face nous saisit. Il est vrai que nous sommes à 1200 mètres d’altitude (photo). A 08H45, j’ai pris de l’avance sur mes amis et me trouve dans le dernier village, FONCEBADON avant l’étape et 21 km restant à parcourir. Pour attendre mes camarades, je rentre dans ce qui se révèle être un gîte pour prendre un chocolat chaud. Ambiance très sympathique mais qui me donnera une émotion pénible : En voulant sortir mon porte monnaie marron contenant de l’argent et la carte bancaire, je ne le trouve plus ! Je l’avais, j’en suis certain, en y entrant, paniqué, je le cherche sous la massive table de bois et sous le banc : rien ! Je regarde fébrilement autour de moi puis me baisse à nouveau et soudain, je l’aperçois, ouvert et coincé entre deux lattes de bois du banc. Je l’avais pris pour payer et mal rangé dans la poche, il avait glissé lorsque je me suis assis. Un pèlerin, témoin de mon désarroi temporaire me conseille de porter les objets précieux dans un sac autour du cou. N’ayant pas vu mes compagnons, je reprends le chemin, dans le brouillard givrant pour la Croix de Fer (CRUZ DE FERRO) Il est 09H30 et je prends quelques minutes pour des photos avant de repartir pour MONJARIN, village fantôme, (photo) dernière petite montée avant la grande descente sur EL ACEBO. Neige fondante, panorama magnifique, chemin de rocailles. Avec la descente, le brouillard se dissipe et le ciel se dégage. Je rattrape mes compagnons qui ne s’étaient pas arrêtés à FONCEBADON. 900 mètres de dénivelés fatiguent les rotules et nous arrivons avec satisfaction à MOLINASECA vers 13H30, soit un peu plus de six heures pour 26 km, (dont presque une heure de pause pour moi) Le gîte, privé, est à la sortie du gros village. Il est chauffé et douche, lavage et une petite sieste sont très vivement appréciés. Deux heures plus tard, requinqués, nous allons visiter la cité. A l’église SAN NICOLA, après la messe, nous assistons à la procession de la statue du saint (photo) A 19H30, un bon repas à l’auberge sera témoin d’une altercation entre Jean-Pierre et un espagnol qui lui avait pris son étui de couchage quatre jours avant à Léon. Je règle le problème en confisquant l’objet du litige et en le mettant dans mon sac ! (je le rendrai à Jean-Pierre un peu plus tard)

     

    NB : Bien que l’entre-aide et la compréhension mutuelle soient de règle entre pèlerins, il ne faut pas être naïf : Il faut garder sur soi les objets précieux (argent, cartes bancaire, appareil photo, crédential, téléphone, papiers) Outre les faux pèlerins et les vrais pickpockets, certains pèlerins ne sont pas à l’abri de la tentation.

     

    Dimanche 16 mai – VILLAFRANCA DEL BIERZO – 31 km (611 km)

    Après une nuit excellente, nous nous levons à 6H00 et prenons un bon petit déjeuner. Départ à 7H00 sur du bitume. Le chemin fait un grand détour avant d’arriver à PONFERRADA (4 km par la route, 8 km par le chemin) très belle ville avec un château imposant et de belles maisons (photos) Depuis le départ, nous bénéficions d’un beau soleil dans un ciel dégagé sous une température encore fraîche mais en hausse. Nous traversons la ville, encore du bitume et à la sortie j’enlève pull et veste et masse avec de la crème PERCUTALGINE mon pied droit : Je n’ai pas vu un trottoir assez haut à descendre et le pied a tapé douloureusement à plat sur la route. Ça sera heureusement sans conséquence.

    Nous traversons CACABELOS et faisons quelques achats alimentaires. Cela fait 24 km que nous marchons sur du bitume. A la sortie de la ville nous trouvons une aire de repos agréable et nous décidons, de prendre une heure pour déjeuner. Nous repartons à midi pour une montée. Le paysage est vallonné, nous traversons des vallées où vignes et cultures diverses se succèdent. C’est magnifique mais montées et descentes fatiguent des genoux pas encore remis des traversées montagneuses.

    Les fins d’étapes sont souvent longues et fatigantes. VILLAFRANCA est une petite ville dans une vallée encaissée. Le gîte communal affiche complet. On nous conseille un gîte en plein centre ville. Heureusement un gîte privé, assez original, à 200 mètres de là, bien rempli, à encore quelques places et nous accueille (photo) nous y retrouvons Jacques et Marie arrivés depuis 20 minutes seulement. La douche est chaude et l’ambiance assez baba-cool.

    Bien que fatigués, nous partons tous les quatre visiter le centre ville avec ses 4 belles et grandes églises, ses jardins et la place aux restaurants. Nous y mangerons excellemment pour 10 euro sans trop d’attente malgré les nombreux clients. Retour difficile au gîte (ça monte raide) et extinction des feux à 22H00.

     

    Lundi 17 mai – RUTELAN – 20 km (631 km) Un gîte hors du commun.

    Levé à 6h30, Petit déjeuner et départ à 7H30. Pour le chemin, deux options : Par les crêtes ou en suivant la rivière. Pour les crêtes, c’est montées et descentes sans discontinuer avec beaux paysages mais étape plus longue et fatigues plus prononcées. La rivière longe la nationale VI et traverse quelques villages. Moins belle mais plus reposante. Encore éprouvés de nos derniers jours, nous choisissons la deuxième option.

    Quelques difficultés pour trouver la bonne voie au départ. Nous prenons un tunnel et suivons la rivière. Le parcours reste agréable ciel bleu, soleil discret, fraîcheur matinale et bruit de l’eau qui coule. Le soleil devient ardent vers 16H00 mais à 12h00, nous sommes arrivés et l’auberge est encore fermée. L’aubergiste, toujours de bonne humeur, est soucieux des règles de confort. Arrivés les premiers nous avons la meilleure chambre et très vite des pèlerins arrivent. Notre étape, courte nous laisse reposés et heureux. RUTELAN est à la base d’une grande montée vers le col d’O CEBRERO (1300 m)

    Notre hôte est toujours de bonne humeur et chante tout le temps. Le repas se révèle copieux et savoureux dans une ambiance de fête.

     

     

    Mardi 18 mai – FONFRIA – 29 km (660 km)

    Après un réveil en musique (l’AVE Maria de La CALLAS) à 6H30, nous partageons un petit déjeuner fournie et succulent. Nous réglons (15 € pour diner, hébergement petit déjeuner) et remercions notre hôte pour son hospitalité et sa bonne humeur. Nous prenons à 7H15 la direction du col d’O CEBREIRO. Nous sommes quatre et c’est Jacques qui guide. Il arrive que le chemin fasse des détours pour la traversée d’un village et rallonge ainsi la distance. Nous laissons donc le sentier partir à gauche, convaincu de la retrouver 2 km plus loin. Erreur pour une fois, c’est la route qui s’éloigne et nous faisons un détour de près de 7 km. Une heure 30 de perdue et nous arrivons au col (photo) à 10H45 ! Malgré le détour, nous ne sommes pas trop fatigués et la vue des pèlerins exténués arrivant par la bonne voie nous console largement de notre erreur. Notre parcours serpentant comportait des faux plats assez faciles. Il en allait tout autrement du chemin emprunté par les marcheurs tout en succession de montées et descentes assez raides voire abruptes. O CEBREIRO est un charmant petit village, trop beau, très touristique. Après ce col, nous retrouvons les difficultés de chemins de montagnes Les panorama sont superbes (photos) Tous les 500 mètres, une borne nous signale la distance restante pour St Jacques. A HOSPITAL DE LA CONDESA, il est 11H30 Jean-Pierre et moi prenons une pause pour le déjeuner. Marie et Jacques préfèrent continuer. 45 minutes plus tard, nous reprenons le sentier. Depuis deux heures, le soleil brille dans un ciel sans nuage, mais l’altitude (1300 m) et une légère brise rendent la marche agréable. Nous avons encore deux autres cols à gravir : ALTO DE SAN ROQUE avec une statue de pèlerin en bronze et ALTO DO POLO 1337 m (photo) A ce dernier, une pause de dix minutes autour d’une bière s’impose et permet à Jean-Pierre de retrouver son souffle. Nous retrouvons nos amis à FONFRIA 45 minutes plus tard. Jean-Pierre et moi sommes tentés de poursuivre jusqu’à TRICASTELA à 9 km plus loin mais le couple a retenu nos places et c’est toujours plus agréable de rester ensemble. Nous visitons le village minuscule avec ses vaches dans la rue, sa chapelle en piteux états. Le gîte est bien équipé et presque plein. Pour 9 €, il fait un repas commun qui se révélera de bonne facture et généreux. Nous nous couchons à 22H00.

     

    Mercredi 19 mai – SARRIA - 28 km (688 km) reste 114 km pour St Jacques

     J’ai mal dormi : trop chaud et rhume persistant depuis 15 jours me bouchant les narines.

     Une aspirine au réveil et un petit déjeuner léger (2€) et nous voilà sur la route à 07h10 en direction de TRICASTELA. Nous marchons sur la nationale VI sur quelques centaines de mètres avant de prendre un chemin de terre ou de cailloux en contrebas. A l’exception de la traversée de quelques villages, tout le parcours sera de terre et pierres. Les neuf premiers kilomètres seront effectués en deux heures. Beaucoup de descentes et beaux paysages (photo) La sortie de la ville (TRICASTELA) commence par une superbe montée. Au sommet une belle vue est limitée par une mer de nuages (photos) Plus rapide, j’ai lâché mes compagnons. 

    Ils me rattraperont deux heures plus tard pendant ma pause déjeuner (sandwich et bière) Je les aperçois au dernier moment et les interpelle trop tard ils ne m’ont pas vu et sont déjà loin.

     J’abrège mon repas et les rejoint quinze minutes plus tard. Ils sont surpris de me voir derrière Ils n’avaient pas remarqué le bar, pourtant bien visible, et affamés le regrettent. A moins de sept km de l’arrivée, ils préfèrent continuer la route.

     Je pars devant et les distance pour réserver les places au gîte. Presque tous les gîtes sont complets et je trouve quatre places dans un privé en face d’une église, après une montée de série de marches éprouvante. Mes compagnons exténués sont soulagés de ne pas avoir à chercher plus loin. La chaleur est devenue écrasante et une bonne douche sera la bienvenue. Nous partageons une chambre confortable de six personnes. Plus on s’approche de St Jacques, plus les places seront difficile à trouver.

    Des pèlerins avertis me confirment qu’il est nécessaire de réserver les gîtes 24 à 48 heures avant  : SARRIA est le point de départ de beaucoup de jeunes espagnols qui veulent « muscler » leur CV et augmenter leur chance d’être embaucher : Pour obtenir le COMPOSTELA, il faut avoir marché au moins 100 km pour St Jacques. SARRIA est une grande ville à 110 km. Beaucoup démarrent de SARRIA. Ils font porter leur sac, par taxi, au gîte de la prochaine étape, et leur place de ce fait, est réservée, au grand dam des vrai pèlerins qui, avec leur sac de 10 à 15 kg, marchent depuis plusieurs centaines de kilomètres, ne trouvent plus où se loger et sont parfois obligés de chercher plus loin un hébergement. C’est un vrai problème. Nous verrons de plus, en plus de jeunes marchant, sans sac, sur le chemin.

    Après un bon repas de pèlerin pris à trois (Jean-Pierre n’était pas partant) sur la terrasse d’un restaurant bien placé, nous nous couchons tôt en prévision d’une longue étape sous la canicule.

     

    Jeudi 20 mai -GONZAR – 31 km (719 km) reste 85 km pour St Jacques.

    Levé à 5H45 après une bonne nuit, nous déjeunons, sans café, sur la terrasse du dernier étage de l’hôtel et prenons la route à 6H30. Nous quittons SARRIA sur une grande montée. La température douce nous promet une journée torride. Le chemin monte et descend en serpentant dans des bocages qui me rappellent la Thiérache. Les maisons de pierres grises aux toits d’ardoises semblent venir de Bretagne. L’irrigation des champs utilise une méthode unique en son genre : Ce sont les chemins qui servent de rigoles et les marcheurs sautent de pierres en pierres (photos) Une déviation pour cause d’aménagement du chemin nous fait passer sur des sentes pentues défoncées, boueuses ou l’eau coule abondante au point que beaucoup préfèrent marcher dans les prairies. Un second détour peu avant PORTOMARIN sous un soleil de plomb ajoute à notre fatigue. Une longue descente très raide me fait prendre de l’avance sur mes compagnons, elle débouche un peu avant un très long pont qui passe au dessus d’un lac de retenue et marque l’entrée de PORTOMARIN. Dès l’entrée du pont, on remarque à l’autre extrémité un grand escalier qui semble défier les marcheurs éprouvés (photo) La chaleur, a 12h00, est accablante et ma gourde est vide depuis un bon moment. Les escaliers gravis, je dépose mon sac et me repose sur la pelouse quelques minutes. Du haut des escaliers, la vue porte loin sur le pont et je vois des pèlerins en groupe ou isolés arrivés péniblement au pied du monument. Je cherche et trouve un peu plus haut un établissement type maison culturelle et m’oriente vers les toilettes où je sais trouver un lavabo et de l’eau. Je remplis ma gourde et retourne sur la pelouse pour me restaurer et attendre mes compagnons.

    Au bout d’une demi-heure, je vois arriver Marie et Jacques ; Marie a les traits tirés par la fatigue et semble épuisé. Jacques, fatigué également, paraît moins marqué. Je descends encourager Marie, accrochée à la rambarde, qui parle de gîter sur place. Arrivés sur la pelouse, ils s’écroulent. Sans eau, je prends leur gourde pour la remplir au même robinet que précédemment et conseille de se reposer une bonne heure pour les 8 km restant à parcourir. De toute façon, il faut attendre l’arrivée de Jean-Pierre. Il arrive 45 minutes plus tard, pas trop fatigué : Il avait déjà pris une belle pause avant d’entamer la descente.

    Nous repartons tous à 14H00, sous un soleil ardent. Heureusement que le chemin montant  passe par des bois et est bien ombragé. Plus reposé, je mets le turbo et arrive à 15H45 au gîte de l’étape (qui était réservée de la veille) Mes trois amis épuisé arrivent 30 minutes plus tard.

    Le gîte est attenant à une église dans un village minuscule. Pour laver et sécher son linge, il faut passer par le cimetière, ce qui est assez surprenant. Après les formalités habituelles et la douche, nous réservons le prochain gîte.

    Le soir, au restaurant, mes trois compagnons me font une surprise : Touchés par mon aide à PORTOMARIN, ils m’offrent le repas. Ce geste me va droit au cœur.

     

    Vendredi 21 mai -PONTE CAMPANA – 20 km (739 km) reste 65 km pour St Jacques.

    Bonne nuit, levé à 6H00 et démarrage à 7H10 après un petit déjeuner. Ciel dégagé et douceur de l’air. Le chemin longe plus ou moins la nationale mais reste, par ses paysages, ses traversées de villages, ses silos à maïs (photo) agréable à parcourir et se révèle par ses montées et descentes en pentes douces pas trop fatiguant. A 11H30, à PALAS DEL REI, nous faisons tamponner notre crédential à l’église de San TIRSO et sa façade romane. Pour une grosse bourgade sans monument le nom nous semble prétentieux. Quelques achats alimentaires et nous déjeunons à l’hombre, sur un banc et quelques chaises de la place publique. Une heure de pause et nous repartons sur un chemin toujours ombragé pour arriver à 13H30 au gîte privé, encore fermé, CASA DOMINGO de PONTE CAMPANA. Après les formalités d’usage et un peu de repos, nous discutons sur le meilleur trajet pour notre arrivée à St Jacques. Nous tombons d’accord pour arriver le lundi de Pentecôte. Étapes suivante  ARZUA, 26 km et LAVACOLLA, 29 km. Repas excellent en commun préparé par l’hôtelière du gîte.

     

    Samedi 22 mai – ARZUA – 26 km (766km) reste 39 km pour St Jacques.

    J’ai passé une bonne nuit et nous sommes debout à 6H30 et sur la route une heure plus tard après un petit déjeuner pris à l’extérieur. Il fait déjà doux et il n’y a pas de rosée, promesse de chaleur. Le chemin reste agréable, serpentant entre vallées, villages, bois d’eucalyptus, de chênes et collines. Pause café 4 km plus loin dans un de ces nombreux bars qui longent le CAMINO. A MELIDE, photos devant la borne 51, année de naissance de Marie et de moi-même. Pour un besoin pressant, je prends un second café d ans un bar et perd mes compagnons qui continuent leur marche. Je les rattrape 15 minutes plus tard pour la photo à la borne 48 pour Jacques (mais nous ne trouverons pas la borne 39 pour Jean-Pierre !?) A 10H00, le soleil tape, Le chemin ne cesse de monter et de descendre et Jean-Pierre à mal aux pieds. Marie et Jacques continuent et je décide de rester avec Jean-Pierre pour l’aider. J’ai le réflexe en passant devant une fontaine d’y plonger entièrement mon chapeau et de le coiffer trempé. Jean-Pierre, étonné m’imite et me félicite de ce geste qui nous rafraichit sensiblement. Nous finissons avec difficulté et obstination pour mon compagnon de 71 ans par arriver en vue d’ARZUA à 13h15. Jacques m’appelle sur mon téléphone mobile pour m’indiquer le gîte qu’ils ont, non sans difficulté, trouvé avec des places encore libres. La plupart sont plein de sacs des pèlerins espagnols déposés par des taxis les places étant réservés pour eux à la grande colère de Jacques. 15 minutes plus tard nous sommes devant le gîte moderne et confortable et nous en sommes satisfaits. Le site internet du gîte me permet de chercher les solutions de retour de St Jacques : Avion, autocar ou train ?

    Nous prenons un repas sympathique et économique dans la cuisine du gîte et nous nous couchons vers 21H30.

     

    Dimanche 23 mai – SAN MARCOS – 35 km (801) reste 4 km pour St Jacques.

    Levé à 6H00 et petit déjeuner dans la cuisine du gîte. Avant de partir, je trouve un sac à main avec porte monnaie garni, petit appareil photo numérique et téléphone portable et papiers dans le salon : il s’agit d’une espagnole qui regardait le match de football à la télévision la veille au soir. Nous perdons 20 minutes pour trouver un responsable voulant garder le tout. Nous sommes sur la route à 7H00 avec au programme un trajet de 29 km. Le temps au petit matin est beau, frais, agréable pour la marche. Et les montées sont vite avalées. Le chemin serpente toujours autour de la nationale mais, comme hier, est très varié. Un vent frais atténue l’ardeur du soleil et le rend très supportable. A 10H00, Marie, Jacques et moi prenons une première petite pause pour permettre à Jean-Pierre nous rattraper. Nous repartons et je laisse Marie et Jacques prendre de l’avance en accompagnant Jean-Pierre. A midi, Jean-Pierre et moi faisons une seconde pause sur une terrasse de café près d’ARCA. En reprenant mon sac, je ne trouve plus mes lunettes de soleil ! Les aurai-je oublié à la pause de 10H00 ou sont elles tombées du sac ? Heureusement que j’avais pris de vielles lunettes abimées et que je suis à deux jours de marche de l’arrivée : La perte n’est pas trop gênante. A 13H15, Jean-Pierre et moi repartons rejoindre nos deux compagnons censés nous attendre à LAVACOLLA.  Nous les retrouvons, se reposant près d’une église qu’ils prenaient pour celle de LAVACOLLA, 2 km avant l’étape. Ils sont surpris de ne pas être au bon endroit. Après un peu de repos, mes compagnons, en forme, se laissent convaincre de pousser jusqu’à SAN MARCO 6 km plus loin, nous rapprocher (4 km) de St Jacques et trouver un hébergement moins onéreux (5€ au lieu de 25€ à LAVACOLLA) Ces derniers kilomètres qui nous ferons passer près de l’aéroport se révèlent sans grand intérêt, bétonnées et ennuyeux et c’est avec plaisir et assez fatigués (35km) que nous arrivons au Centre Européen du Pèlerin, énorme complexe de 800 lits situé près du monument dédié au pape Jean-Paul II à l’occasion de sa visite à St Jacques.

    Après inscription, paiement et attribution des lits (grandes chambres de 6 personnes) nous apprécions le confort, la propreté, une bonne douche, une boisson fraîche  et l’ambiance style campus universitaire de ce lieu. En nous dirigeant, tout en descente, vers le self, on aperçoit au loin et plus bas, St Jacques de Compostelle. Pour la dernière étape, nous rencontrons une atmosphère particulière, mélange d’impatiente et de joie fébrile.

    Le village de SAN MARCO nous déçoit : Partis pour diner, tout est fermé, calme, mort ! Nous tournons 3 quarts d’heure dans le village avant de se décider à diner au self du Centre pour 11 € sans compter le vin : Un peu cher pour le coin et le menu ainsi que le décor est international, on se croirait en France. Le repas est très moyen. Nous nous couchons à 22H00.

     

    Lundi 24 mai – St Jacques de Compostelle (836 km)

    Levé à 6H00 après une bonne nuit. Déjeuner sur le pouce. Les 4 km en descente sur St Jacques sont effectués en moins d’une heure. Je discute avec Marc, un français qui a fait l’armée dans le même régiment que moi (Bayonne) et fait partie d’une association des amis de St Jacques en Charente Maritime. L’arrivée devant la cathédrale nous coupe le souffle devant sa magnificence. On se précipite au centre d’information pour, faire valider notre crédential et obtenir ce fameux Compostella. Il est 8H30, le centre n’ouvre qu’à 9H00 et une file d’une grosse trentaine de pèlerins est déjà formée. A l’ouverture, au moins une centaine de marcheurs attendent derrière nous (photos) nous grimpons l’escalier pour le premier étage. Jean-Pierre, gagné par l’émotion, essuie quelques larmes et son émotion me gagne, m’émeut fortement et j’au du mal à retenir mes larmes. Nous accédons dans une salle comportant six bureaux d’accueil. En quelques minutes j’obtiens le précieux document et nous sortons rapidement pour visiter la ville. Il est 9H00 .A 100 mètres, nous laissons nos sacs à dos dans une consigne (1€) et c’est avec une sensation de légèreté inhabituelle que nous nous dirigeons vers l’Office du Tourisme. Nous prenons un plan de la ville et repérons les gares (routières et chemins de fer) ainsi que divers monuments. Je quitte, momentanément, mes compagnons pour un cybercafé pour connaître les possibilités de retour par avion. J’en trouve un au départ de Porto, les départs de l’aéroport de St Jacques étant complet pour plusieurs semaines. Le temps de réserver et d’imprimer mon billet, il est déjà 11H15. Je vais à la Porte Sainte de la Cathédrale qui n’ouvre que les années saintes (années dites jacquaire quand la fête de saint jacques (25 juillet) tombe un dimanche) Une longue file attend patiemment ; Des policiers surveillent la place. Je passe la Porte, monte quelques marches et imitant les pèlerins devant moi, embrasse le dos de la statue de St Jacques. Etonnamment, une émotion assez forte m’étreint dans ce geste et c’est très ému que je descends au caveau pour passer devant la tombe du Saint. Je pensais entrer directement dans la cathédrale pour rejoindre mes amis à la messe des pèlerins de midi et je m’aperçois que je dois sortir et faire le tour du monument pour entrer par la grande  place avant de les rejoindre. La cathédrale est immense et la foule est telle que je dois suivre la messe, concélébrée par un cardinal, vêtu de rouge, et entouré par une dizaine de prêtes. Je finis par repérer mes amis et c’est ensemble que nous sortons de l’édifice par la grande porte, heureux bien qu’un peu déçu de ne pas avoir vu le gigantesque encensoir se balancer au dessus de nos têtes : Nous sommes lundi et ce spectacle est réserver au dimanche !

    Nous prenons des photos et je filme la grande place. Il est passé 13H00 et nous décidons d’aller au restaurant. Le vin est bon mais le repas assez médiocre. Nous décidons de faire des repérages : Je vais à la gare routière pour me renseigner sur la navette par bus entre St Jacques et Porto, et mes compagnons vont à la gare pour les horaires et coûts des trains vers la France. On se donne rendez-vous à 16H00 derrière la cathédrale. Durant cette reconnaissance, j’en profite pour admirer les différents bâtiments et quartiers que je traverse et prendre des photos.

    A mon retour vers le centre ville, je reconnais des visages de personnes rencontrées sur le Chemin et on se sourit heureux de se revoir à bon port : toi aussi tu es allé jusqu’au bout !

    Je me retrouve près de la Cathédrale à partager une bière avec un breton rencontré à plusieurs reprises sur la route depuis St Jean Pied de Port. Enfin je revois mes trois compagnons au lieu de rendez-vous. Nous retournons à l’Office du tourisme et là, surprise : L’hôtesse d’accueil est une française, Sophie, stagiaire, qui nous avait accueilli au Centre de San Marco et avec qui nous avions sympathisé la veille. Elle nous indique des adresses de gîtes dont celui du séminaire de MENOR. Durant la journée, nous avons vu le temps se dégrader. Il est prévu de la pluie pour les prochains jours. Nous avions pensé aller jusqu’à CABO FISTERRA à quatre jours de marche et le retour par autocar mais vu la fatigue et le temps menaçant, nous préférons renoncer. Nous récupérons nos sacs à la consigne. Les gîtes en centre ville sont complets ou chers. Nous traversons le centre historique pour le séminaire sur une colline. Jean-Pierre est épuisé par une journée fertile en émotions. Le trajet est assez pittoresque (on passe, en pleine ville, dans un vallon encaissé qui se partage entre jardin et parking pour voitures ; Ca descend et monte raide et Jean-Pierre est sur les genoux. Enfin nous arrivons au séminaire : A 17H00, il ne reste que trois lits à 10€ et une chambre-cellule à 15€. Je n’hésite pas à prendre la chambre et le lendemain, je m’apercevrai que j’ai fait le bon choix. Ce monastère est immense. Au sous sol, le réfectoire et ne petite boutique pour des  achats alimentaires. Le premier étage est réservé. Les deux autres contiennent un réfectoire, les dortoirs et les chambres et les douches. Les étages sont très hauts (4 à 5 mètres) et monter ces escaliers assez fatiguant.  Jean-Pierre nous informe qu’il est fatigué et que sans appétit il préfère aller se coucher. Nous partons faire quelques emplettes dans le quartier avant d’aller manger au réfectoire du second. Après une bonne douche, je rejoins ma chambre, il est déjà 23H00 lorsque j’éteins la lumière.

     

    Mardi 25 mai – Le retour

    Avec l’habitude acquise depuis u mois, je me réveille à 6H00, aidé par le froid provenant de la fenêtre laissé ouverte. Comme prévu, le temps s’est dégradé. Je prépare mon sac à dos, qui ira dans la soute de l‘avion et un petit sac que je conserverai avec moi. J’ai bien dormi, ce qui n’est pas le cas de Marie et Jacques dérangés par les couches-tard bruyants, les ronfleurs, les passages nocturnes des incontinents aux toilettes et des levers très matinaux de certains. Ils n’ont guère fermé l’œil de la nuit ! Au petit déjeuner, pas de Jean-Pierre ! Inquiet, je le cherche dans les dortoirs en vain. Nous ne pensons pas qu’il est du genre à s’esquiver sans adieux. Marie et Jacques partent pour prendre leur train de retour vers IRUN (Bayonne) non sans un chaleureux adieu. J’ai encore u peu de temps : mon bus est à 10H30 et le rendez-vous pour 10h00. Vers 09H00, je reçois un appel de Jacques à la gare : Ils ont retrouvé Jean-Pierre ! Après une mauvaise nuit agitée, il a été réveillé ce matin, très tôt  par des voisins peu discrets. En colère et, dépité, il a préféré partir directement à la gare.

    Je suis en avance pour le départ à Porto. Trajet agréable sans histoire pour le bel aéroport de Porto. A ma grande surprise j’avais oublié qu’il y avait une heure de décalage horaire entre l’Espagne et le Portugal. Mon avion étant prévu pour 19H00, j’ai passé 7H00 dans cet aéroport ! J’aurai été plus inspiré de laisser mon sac à une consigne et de prendre le tramway pour me promener dans Porto. Après deux heures d’avion et compte tenu du décalage horaire, c’est à 22h00 que j’atterris à BEAUVAIS ou m’attendait mon épouse. A minuit, je le retrouvais dans mon lit à DURY.

     

    Epilogue

     

     Un mois de marche, 836 km de trajet, une demi journée pour le retour, quelques centaines de photos, trois amis en Touraine et en Lorraine, trois semaines pour retrouver ses anciennes habitudes (pour quitter, dans sa tête,  le Chemin) plein de souvenirs tous heureux, trois mois pour trier les photos et rédiger ce récit et la conscience aigu que l’expérience est intransmissible, que par manque de place ou de temps ou par besoin d’être concis ou par pudeur on ne raconte pas tout Pour ce chemin, il faut être raisonnablement égoïste : On laisse tout derrière soir pour avancer, on se libère, on fait une pause dans la vie. Une fois cette expérience vécue, on a qu’une envie : La revivre, recommencer, partir, marcher, avancer…